La publication de Periferia met en lumière cinq démarches de « recherche populaire » menées en Belgique, en France et au Brésil, qui ont toutes en commun de placer au centre des personnes généralement exclues de la production de savoirs : enfants, personnes en situation de précarité, habitants de quartiers populaires, publics accompagnés par des associations d’insertion. Ces expériences — Bibliothèque de rue à Jumet, ateliers du CAPEP à Valenciennes, École de planification urbaine de Fortaleza, démarche Fourch’Etc, et “livre inachevé” de Manaus — montrent comment des groupes hétérogènes construisent des connaissances originales à partir de vécus, d’émotions et de savoirs dits « chauds ». Elles s’appuient sur la créativité, la co‑construction et la circulation des expériences pour produire des savoirs incarnés, souvent matérialisés par des objets (livres, outils pédagogiques, expositions) qui rendent visibles des perspectives rarement prises en compte par la recherche académique. Ces démarches valorisent la capacité analytique des personnes concernées et reposent sur une méthodologie souple, ajustée en continu selon les besoins du groupe et les réalités de vie des participant·es.
Ces recherches populaires résonnent directement avec les enjeux bruxellois de participation dans le secteur social‑santé, où les bénéficiaires sont souvent sollicités pour témoigner mais rarement reconnus comme producteur·rices de savoirs. Les expériences décrites dans le rapport montrent comment la participation peut devenir un espace d’empouvoirement réel, permettant de dépasser une logique extractiviste des savoirs d’usage. Elles illustrent la nécessité de créer des cadres méthodologiques flexibles, co‑animés et sécurisants, où les personnes précarisées peuvent contribuer à l’analyse des politiques, à la conception d’actions ou à la formulation de propositions, ce qui rejoint les débats bruxellois actuels sur la rémunération, la reconnaissance et le soutien matériel des contributions citoyennes.
Pour les services sociaux-santé de Bruxelles — notamment ceux engagés en réduction des risques, santé mentale, hébergement ou participation communautaire — ces démarches constituent des modèles inspirants pour développer des dispositifs participatifs moins hiérarchisés, où les bénéficiaires accèdent véritablement au statut de partenaires de savoir, plutôt que d’“informateurs” de la recherche ou de l’action sociale.