Le droit à la parole des publics du travail social

Dans cet article consacré au droit à la parole des publics du travail social (2021), repris sur la plateforme Travailler le Social, Marc Chambeau rappelle d’abord que la participation s’inscrit dans une tension constitutive de l’histoire du travail social entre émancipation et contrôle social. Reprenant une filiation allant de l’éducation populaire à Paulo Freire, en passant par certaines traditions de recherche impliquant les personnes concernées, il défend l’idée que les publics accompagnés ne doivent pas être considérés comme de simples bénéficiaires de dispositifs, mais comme des sujets capables d’analyse, de critique et de proposition. Leur parole possède une valeur épistémique et politique propre, indispensable à l’évaluation des pratiques professionnelles, des institutions et des politiques publiques.

L’un des apports les plus intéressants du texte est d’élargir la notion de parole au-delà de l’entretien, de l’écrit ou du débat public classique. Chambeau montre que l’expression peut prendre des formes multiples : photographie, théâtre, musique, rap, exposition, témoignage, voire certaines formes de protestation plus radicales. Ces supports permettent parfois à des personnes éloignées des modes d’expression légitimes de prendre place dans l’espace public et de transformer une expérience souvent stigmatisée en ressource collective. Il souligne également que la participation ne garantit pas automatiquement la compréhension mutuelle : une parole peut être produite mais ne pas être entendue, comme l’illustre son exemple de jeunes rappeurs invités à s’exprimer publiquement mais dont le message est rejeté par les responsables politiques présents. La question n’est donc pas seulement de parler, mais aussi de construire les conditions d’une réception et d’une traduction réciproques.

Pour le Réseau Nomade, ce texte constitue une contribution utile aux réflexions sur la participation, le travail social communautaire et les démarches citoyennes. Il invite à dépasser une conception procédurale ou symbolique de la participation pour s’intéresser aux espaces où une parole collective peut se construire de manière sécurisée, critique et transformatrice. Il rappelle également que les formes d’expression légitimes sont multiples et que les dispositifs participatifs doivent être attentifs autant aux conditions de production de la parole qu’à ses modalités de circulation, d’écoute et de prise en compte effective. En ce sens, l’article apporte des repères précieux pour penser les relations entre savoirs expérientiels, pratiques d’animation collective et démocratie participative dans les secteurs social, sanitaire et communautaire.

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