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Let's talk about chemsex

Chemsex et auto-support : reprendre le contrôle grâce à ses pairs?

Chemsex?

Le Chemsex est la contraction des termes sex et chemical, il signifie littéralement l’utilisation de produits psycho-actifs en contexte sexuel. La multiplication des pratiques chemsex (en groupe privés ou en soirées) a fait augmenter le risque de transmission de MST, d’assuétude et de fragilisation psychologique.

La Belgique n’échappe pas à ce phénomène.

En réaction à cette situation, face au manque de réactivités des secteurs concernés et l’inadéquation des quelques réponses proposées, s’est créé le groupe de discussion « Let’s talk about Chemsex », initié par des consommateurs et ex-consommateurs. Le but est d’offrir un espace où les chemseurs peuvent partager leurs questions, leurs inquiétudes, leur souhait de changer leur pratique, voire de sortir du cercle de la consommation.

Auto-support ?

Détour théorique avant de rentrer dans le vif du sujet : l’auto-support peut être défini comme « un regroupement de personnes volontaires, issues de la même catégorie sociale, des « pairs », en l’occurrence des usagers de drogues, réunis dans le but de s’offrir une aide mutuelle et de réaliser des objectifs spécifiques : satisfaire des besoins communs, surmonter un handicap, résoudre un problème social auquel le groupe est confronté dans son ensemble. A la base il y a un constat : les besoins de la catégorie sociale à laquelle le groupe appartient ne sont pas ou ne peuvent pas être satisfaits par ou au travers des institutions et mécanismes sociaux existants, d’où la nécessité de l’auto-organisation. Outre l’aide matérielle et relationnelle, l’auto-support peut aussi viser à promouvoir des idéologies ou des valeurs au travers desquelles les membres forgent et acquièrent une nouvelle identité. Il offre souvent à ses membres une tribune, soit pour informer l’opinion publique sur le problème concernant le groupe ou pour corriger des idées fausses. »[1]

Historique du chemsex

Le phénomène s’est amplifié il y a une dizaine d’années, notamment à Londres et Berlin, sous l’effet conjugué de l’utilisation massive des applications des rencontres et la facilité croissante pour trouver des stupéfiants (achat sur internet, dealer « livraison à domicile »). La Belgique est également concernée.

(poly)consommation

Les produits consommés : alcool, cannabis, cocaïne, poppers, GHB, GBL, XTC, méphédrone, métaphédrone, crystal meth et en parallèle des stimulants sexuels tels viagra, kamagra (viagra générique), cialis…

Mode de consommation : ingestion, sniff, injection, fumée, inhalation…

Les noms des produits sont transformés pour donner un côté plus fun. Par exemple, pour la mephedrone (4mec, miaou miaou) ou la crystal meth (T, Tina).

Objectifs

  • Marathon sexuel, performance.
  • Dépasser/repousser les limites, les pratiques.
  • Se désinhiber.

Conséquences à moyen/long terme

  • Pratiques sexuelles modifiées (plus de rapport sexuel sans produit – à l’arrêt, difficultés à retrouver une vie sexuelle « normale »).
  • Dépendance (drogue et sexe sont liés. L’un influence/conditionne l’autre et vice-versa. Double dépendance. Un marathon sexuel sous stimulant est comme un monde parallèle (impression de vivre dans un film porno) : possibilité d’être dépendant aux deux dimensions qui composent ce monde.
  • Fragilités psychiques.
  • Risques médicaux (notamment VIH, HCV et syphillis).

Pourquoi ce phénomène semble toucher davantage la population homosexuelle ?

Hypothèses :

  • Influence de la culture des backrooms.
  • Influence du porno gay / facilement accessible sur le web / toujours plus extrême.
  • Jeunes homosexuels ne passent plus par le circuit classique (sortir en club par ex) pour rencontrer des partenaires et associent directement le produit aux performances sexuelles. Ex : ils n’ont jamais réalisé certaines pratiques extrêmes et consomment du produit pour y arriver plus facilement.

Supports

  • Londres : 56 Dean Street (maison de soin)[2].
  • Berlin : Schwulenberatung[3].
  • France :

Paris et Marseille : le Spot[4].

AIDES développe un réseau national d’entraide communautaire pour les usagers de Chemsex, leurs proches, leurs partenaires[5] (numéro d’urgence, page Facebook).

  • Belgique : le groupe d’auto-support « Let’s talk about chemsex » créé en 2017, le site chemsex.be lancé en juin 2019.

« Let’s talk about chemsex »

Le secteur associatif et médical a un méconnaissance de la problématique. Ne proposant pas de réponse adéquate aux problèmes rencontrés par les chemseurs, la constitution d’un groupe de paroles entre pairs s’est imposés. Pourtant, plein d’actions existent déjà (testing, distribution de matériel stérile, dépistage, soins…), mais elles ne sont pas ciblées Chemsex. Pourtant, elles sont en lien avec les différentes facettes de cette problématique. Les éléments de réponses sont là, il faut les connecter (c’est un des objectifs du site chemsex.be).

Le groupe s’est inspiré du modèle des Narcotiques Anonymes et du principe de l’anonymat (mais n’impose pas l’abstinence). L’auto-support = est une piste de solution pour les personnes qui pratiquent encore ou non, qui ont envie d’obtenir des infos, de partager leur vécu, de contrôler ou arrêter leur pratique.

Les membres fondateurs ont créé le groupe mais ne le gèrent pas, il ne leur appartient pas. Ils ne sont pas responsables de ce que les personnes en font et de ce qu’il se passe avant et après la réunion.

Il y a également eu création d’une plateforme dans le but de mettre en commun les ressources des associations concernées (Ex Aequo, Lama, Modus Vivendi, Sensoa & Infor-Drogues).

Quand orienter vers le groupe ?

  • Quand la personne se pose des questions, veut d’obtenir des infos
  • Quand la personne se sent seule, incomprise, isolée
  • Quand la personne a envie de partager son vécu
  • Quand la personne souhaite contrôler/arrêter sa pratique

À venir 

  • Quand ils compteront plus de participants, ils pensent peut-être séparer le groupe (ceux qui pratiquent et ceux qui ne pratiquent plus). Les personnes qui pratiquent encore sont parfois mal à l’aise en présence de personnes qui ont arrêtés et vice-versa. Séparer le groupe permettrait d’éviter l’exclusion de certains membres. Le but est de maximiser les possibilités de créer du lien.
  • Ils réfléchissent à inviter des professionnels à participer au groupe de parole (pour avoir un point de vue extérieur mais aussi pour enrichir les connaissances du monde professionnel)
  • Indispensable : mettre en place des formation à destination des professionnels. Souvent, ils ne connaissent pas ces pratiques, sont démunis et peu outillés pour accompagner les personnes en difficultés.

MST

  • La désinhibition qu’implique ce type de pratiques peut inciter à ne pas se protéger et donc risquer de contracter une MST (VIH, Hépatite C, syphilis…). Un des soucis majeurs est qu’on garde le VIH en tête et que les autres risques sont oubliés. En particulier maintenant, avec l’arrivée de la Prep (La Prep est outil de prévention du VIH qui peut être utilisé par les personnes séronégatives pour prévenir une infection au VIH. Prep est l’acronyme de prophylaxie préexposition. Comme son nom l’indique, il est utilisé « avant une exposition » potentielle ou avérée au VIH). La Prep incite à ne pas se protéger alors qu’on est « protégé » que du VIH.

Témoignage

(…) ça devient une dépendance, ça a engendré un chaos dans ma vie : violence conjugale, solitude, coincé dans un cercle consommateurs, perte de travail, perte de mon petit copain. J’ai été voir plusieurs fois des psychologues et totale méconnaissance de leur part, j’ai trouvé aucune aide, j’ai rechuté et j’ai finalement rencontré quelqu’un qui m’a aidé. Je pratiquais plus en couple, en appartement, je dormais pas du w-e, j’étais épuisé, je prenais du speed pour tenir au travail. Ca crée des conflits relationnels avec les proches, ceux avec qui ont pratique. C’est un monde secret. Ca aide que ceux qui ont connu ça en parle et amènent un soutien, une écoute. C’est important qu’il y ait une aide parce qu’on peut en mourir. J’ai failli mourir plus d’une fois.

Conclusion

Phénomène en pleine expansion, le chemsex est encore peu connu dans les secteurs du soins et des assuétudes. Pratique taboue pour les non-initiés, méconnue des professionnels, caractérisée par des prises de risques à différents niveaux (social, sanitaire, psychologique…) et peu de mesures avérées pour les réduire, ces ingrédients en font une bombe à retardement. Un travail de réseau entre pairs et professionnels doit être approfondi afin de mettre en place une réponse adéquate aux problèmes rencontrés par les chemseurs.

www.facebook.com/talchs

www.chemsex.be

Un peu de lecture

www.bettinamasson.com/2018/04/20/enquete-drogues-les-ravages-du-chemsex/

www.liberation.fr/france/2017/06/13/chemsex-chez-les-gays-un-accelerateur-de-peril_1576582

[1] Touffik Abdallah, Les groupes d’auto-support d’usagers de drogues : www.cirddalsace.fr/docs/revue_toxibase/pdf/dossier_groupes.pdf

Sur le même sujet, voir aussi : Jauffret-Roustide Marie, L’expertise dans le champ des addictions, L’observatoire, septembre 2017 : www.revueobservatoire.be/Apercu-des-numeros?debut_publication=0#pagination_publication

[2] www.dean.st

[3] www.schwulenberatungberlin.de

[4] www.aides.org/actualite/aides-devoile-le-spot-une-toute-nouvelle-offre-en-prevention-et-en-sante-sexuelle

[5] www.aides.org/chemsex-aides-numero-urgence