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En route asbl

Une asbl par et pour les pair.e-aidant.e.s

Présentation

L’association « En Route » est gérée au quotidien par des pairs-aidants en santé mentale, addiction et précarité. Elle entend sensibiliser, par ses nombreuses activités, au concept de pair-aidance. Ses membres se positionnent pour un statut clair du métier, auquel ils.elles travaillent.

Pair-aidance ?

La pair-aidance est l’aide au rétablissement de l’individu « par et pour les pair.e.s ».

Initialement, le concept de pair.e-aidant.e implique que les personnes qui ont vécu et surmonté un problème de santé mentale peuvent apporter une expertise spécifique pour soutenir leurs pair.e.s dans leur rétablissement. Maintenant, il y aussi des pair.e.s-aidant.e.s dans d’autre domaine : précarité, prostitution, usage de drogues… Il y a aussi d’autres dénominations comme expert.e.s d’expériences, expert.e.s du vécu. C’est similaire, mais il faudra trancher pour clarifier le statut. Le « fonds de commerce », c’est le chemin du rétablissement, ce qui permet d’être au plus proche de l’usager.e, susciter l’espoir, le pair.e-aidant.e prouve qu’il est possible de s’en sortir.

Usager.e et patient.e restent des termes stigmatisant. Lors d’une première fois en espace de parole, il est d’abord dit « vous n’êtes pas des usager.e.s, vous n’êtes pas la maladie, vous êtes d’abord vous-mêmes ». Car trop souvent, les capacités que la personne pourrait développer sont laissées de côté, pas ou peu stimulées. Pourtant, c’est étonnant de voir comme les gens progressent en participant à des espaces de paroles. Outre la dé-stigmatisation, ça permet des échanges de trucs et astuces (par exemple, lors d’une crise de paranoia en pleine rue, si tu cries sur les voix : prends ton téléphone et crie comme si tu téléphonais). De fil en aiguille, on apprend à gérer les choses. Les neuroleptiques jouent très peu sur les voix, il n’y pas vraiment de résultats, donc mieux vaut apprendre à les apprivoiser. Le pair.e-aidant.e suscite la résilience.

Les compétences d’un.e pair.e-aidant.e :

  • Communique avec empathie, bienveillance, bientraitance et tolérance envers ses pairs.
  • Inspire le patient et par là même, lui redonne espoir.
  • Soutient le patient dans son processus de rétablissement.
  • Ouvre à la conscience du pouvoir d’agir du patient.
  • Apporte à l’équipe soignante son expertise ; aide à utiliser les ressources du patient, à développer avec lui.elle des stratégies de rétablissement.
  • A côté de la santé psychique, une série de problèmes tels que le logement, l’emploi… peuvent s’articuler. Il faut être à l’écoute de ces problèmes annnexes.

Les obstacles

  • Il faut du temps pour trouver son identité professionnelle, notamment au milieu d’une équipe pluridisciplinaire.
  • Le pair.e-aidant.e est entre deux sphères sociales (usager.e.s et professionnel.le.s) et doit parvenir à se définir comme un.e professionnel.le avec une nouvelle casquette, celle de son expérience. Le.la pair.e-aidant.e n’est pas soit usager.e, soit pro, il ne faut ne pas chercher à cloisonner, c’est une posture mixte.
  • Résistances rencontrées en psychiatrie : surprotection en pensant que c’est un usager.e, alors que ce n’est plus le cas : c’est un pro qui sert de trait d’union. Se pose aussi le problème du secret médical partagé : le pair.e-aidant.e est-il intégré aux réunions ou pas ? Et aussi la crainte de la rupture possible dû à une rechute.

Le point de vue anglais

Dans le monde anglo-saxon, la pair-aidance existe depuis plusieurs années (peer-to-peer, support worker). Il y a un réel risque que le vécu expérientiel soit co-opté, colonisé par le savoir professionnel. À terme, les usager.e.s deviennent des pros comme les autres, ils veulent être des pros, la professionnalisation peut « pervertir » l’impulsion initiale. Le savoir professionnel prends le dessus. Le.la pair.e-aidant.e se fait happé par la culture de l’organisation dans laquelle il.elle travaille et ne peut plus changer les mentalités. Le succès des entendeurs.euses de voix, par exemple, c’est qu’ils sont sortis de la logique binaire, ils ne sont pas une alternative à la psychiatrie, juste quelque chose d’autre, de différent, d’indépendant.

Le.la professionnel.le doit apprendre à accepter le savoir expérientiel, le savoir est mutuel. En Belgique, au début de la réforme 107, les usager.e.s ne faisaient pas partie des réunions médicales, maintenant c’est le cas. C’est un changement de paradigme, de mentalité, ça prend du temps.

www.enrouteweb.org