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En route asbl

Une asbl par et pour les pair-aidants

Présentation

L’asbl En Route poursuit 4 objectifs :

  • La sensibilisation au concept de la pair-aidance dans le secteur de la santé mentale.
  • Le développement du concept de la pair-aidance et sa mise en pratique par des activités concrètes.
  • L’élaboration d’un statut pour le métier de la pair-aidance.
  • L’aide au rétablissement.

Pair-aidance ?

La pair-aidance est l’aide au rétablissement de l’individu/patient par et pour ses pairs.

Initialement, le concept de « pair-aidant » considère que les personnes qui ont vécu et surmonté un problème de santé mentale peuvent apporter une expertise spécifique pour soutenir leurs pairs dans leur rétablissement. Maintenant, il y aussi des pair-aidant dans d’autre domaine : précarité, prostitution, usage de drogues. Il y a aussi d’autres dénominations comme experts d’expériences, d’expert du vécu. C’est similaire, mais il faudra trancher pour clarifier le statut. Le « fonds de commerce », c’est le chemin du rétablissement, ce qui permet d’être au plus proche de l’usager, susciter l’espoir, le pair-aidant prouve qu’il est possible de s’en sortir. Usager et patient restent des termes stigmatisant. Lors d’une première fois en espace de parole, il est d’abord dit « vous n’êtes pas des usagers, vous n’êtes pas la maladie, vous êtes d’abord vous-mêmes ». Car trop souvent, les capacités que la personne pourrait développer sont laissées de côté, pas ou peu stimulées. Pourtant, c’est étonnant de voir comme les gens progressent en participant à des espaces de paroles. Outre la dé-stigmatisation, ça permet des échanges de trucs et astuces (par exemple, lors d’une crise de paranoia en pleine rue, si tu cries sur les voix : prends le téléphone et crie comme si tu téléphonais). De fil en aiguille, on apprend à gérer les choses. Les neuroleptiques jouent très peu sur les voix, il n’y pas vraiment de résultats, donc mieux vaut apprendre à les apprivoiser. Le pair-aidant suscite la résilience.

Les compétences d’un pair-aidant:

  • Communique avec empathie, bienveillance, bientraitance et tolérance envers ses pairs;
  • Inspire le patient et par là même, lui redonne espoir;
  • Soutient le patient dans son processus de rétablissement;
  • Ouvre à la conscience du pouvoir d’agir du patient;
  • Apporte à l’équipe soignante son expertise ; aide à utiliser les ressources du patient, à développer avec lui des stratégies de rétablissement.
  • A côté de la santé psychique, une série de problèmes tels que le logement, l’emploi… peuvent s’articuler. Être à l’écoute de ces problèmes annnexes.

Les obstacles

  • Il faut du temps pour trouver son identité professionnelle, notamment au milieu d’une équipe pluridisciplinaire.
  • Le pair-aidant est entre deux sphères sociales (usagers et professionnels) et doit parvenir à se définir comme un professionnel avec une nouvelle casquette, celle de son expérience. Le pair-aidant n’est pas soit usager, soit pro, il ne faut ne pas chercher à cloisonner.
  • Résistances rencontrées en psychiatrie : surprotection en pensant que c’est un usager, alors que ce n’est plus le cas, c’est un pro qui sert de trait d’union, se pose aussi le problème du secret médical partagé : le pair-aidant est-il intégré aux réunions ou pas ? Et aussi la crainte de l’incompétence possible dû à une rechute.

Une formation en Belgique francophone

En Belgique, depuis 2015, il y a une formation de pair-aidant à l’université de Mons. 2015 : co-construction de la formation (professionnels, usagers et quelques proches d’usagers). 2016 : la formation commence, toujours en cours.

C’est une formation d’un an, tous les vendredis, un stage, un TFE (et possibilité de travailler comme pair-aidant en parallèle). Son contenu : partage de savoir, enseignement pluridisciplinaire (sciences humaines, travail social, méthodes de soin…), apport d’intervenants d’asbl (connaissance du secteur associatif). Déjà quatre pair-aidants en fonction, notamment deux dans des équipes mobiles et un coordinateur d’une équipe de pair-aidant bénévole (clinique sans souci). Ceux qui participent à la formation cette année ont tous un travail en perspective. C’est une formation d’un an, tous les vendredis, avec 1 stage et 1 TFE. La formation suivie par des étudiants d’horizon différent. Le diplôme n’est pas encore reconnu, pas encore de statut. On travaille comme pair-aidant mais le statut est celui de travailleur social.

Mais pourquoi avoir un diplôme pour pair-aidant ? Le diplôme fixe le cadre, donne une certaine légitimité près des professionnels, objective le savoir. L’important, l’enjeu, c’est le cumul des savoirs : l’expérience, la formation et le savoir de l’équipe, de terrain. Il faut avoir besoin d’en savoir plus, connaitre les méthodes de soin, le travail social, s’approprier des concepts, un vocabulaire (comme par exemple, le concept de résilience). Si l’individu n’a que le savoir expérientiel, c’est difficile de mettre en application. Au début, le pair-aidant peut être amené à porter une casquette pro – travailleur social – psy, mais, à terme, quand il se sent plus à l’aise, il y plus de lâcher prise à ce niveau-là (« je suis pro mais je sais agir en lien avec mon vécu »). Il y a une découverte, un apprentissage pour l’ex-usagers, les coulisses du monde pro lui sont maintenant accessibles.

Et quid des pair-aidant bénévoles ? Quel statut pour eux ? Car certains veulent rester bénévoles (peur de la perte de la mutuelle, du chômage). Rem : la situation est différente en Flandre, où le processus est déjà plus avancé.

Le point de vue anglais

Dans le monde anglo-saxon, la pair-aidance existe depuis plusieurs années (peer-to-peer, support worker). Il y a un réel risque que le vécu expérientiel soit co-opté, colonisé par le savoir professionnel. À terme, les usagers deviennent des pros comme les autres, ils veulent être des pros, la professionnalisation peut « pervertir » l’impulsion initiale. Le savoir professionnel prends le dessus. Le pair-aidant se fait happé par la culture de l’organisation dans laquelle il travaille et ne peut plus changer les mentalités. Le succès des entendeurs de voix, par exemple, c’est qu’ils sont sortis de la logique binaire, ils ne sont pas une alternative à la psychiatrie, juste quelque chose d’autre, de différent, d’indépendant.

Le professionnel doit apprendre à accepter le savoir expérientiel, le savoir est mutuel. En Belgique, au début de la réforme 107, les usagers ne faisaient pas partie des réunions médicales, maintenant c’est le cas. C’est un changement de paradigme, de mentalité, ça prend du temps.

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